Jean Rousseau, chroniqueur au Figaro, s’attarda quelque peu devant l’Ecole de Médecine ; puis il traversa le boulevard Saint-Germain en direction des quais. On venait d’éteindre les becs de gaz.
Au début du Second Empire, le Quartier latin formait une ville à part où les cafés tenaient lieu de tribunes politiques. Mais c’étaient les artistes et les écrivains que l’on venait écouter, parce que c’est là que se nouaient et se dénouaient les réputations, entre le Luxembourg et les Grands-Augustins. Rousseau n’était pas un avant-gardiste, et ses articles étaient souvent critiqués par Champfleury, Sylvestre ou Castagnary dans les colonnes de L’Evénement, de L’Illustration ou du Monde illustré, plus progressistes que Le Figaro ou La Gazette des Beaux-Arts.
Le critique d’art salua quelques prostituées à la porte d’un café. Elles se retournèrent en riant comme des écolières. Le soleil, en apparaissant derrière les tours de Notre-Dame, annonçait une chaude journée. La rue Hautefeuille retentissait déjà de chansons paillardes.
« Fleurissez vos amours ! » lui cria la bouquetière. C’était le premier jour de l’été.
Les porteurs d’eau montaient aux étages et les enfants couraient dans les jambes des bourgeois qui regagnaient à pied la rive droite de la Seine. Lorsqu’il poussa la porte de la brasserie du père Andler, Jean Rousseau surprit les commentaires égrillards du petit peuple de l’aube.
- Monsieur Courbet n’est pas là ?
- On ne l’a pas vu depuis plusieurs jours, lui répondit la fille du limonadier. Pensez ! Depuis qu’il prépare l’exposition de l’avenue Montaigne, il ne sort plus de chez lui.
Elle parlait avec un fort accent germanique.












